L'étude de l'UGent sur les PLP (partenariat local de prévention) a montré que ces plateformes d'échange contribuent à plus de confiance dans un quartier. Mais comment un PLP fonctionne-t-il en pratique ?

Pour découvrir cela, nous nous sommes adressés à deux coordinateurs de PLP : Ivan Buyle de Lochristi et Dominique Baudoux de Rixensart, afin de mieux comprendre comment un PLP peut faire la différence.

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  1. Quelle est le plus-value d'un PLP, d'après vous ?
  2. Comment informez-vous les riverains de votre quartier ?
  3. Comment se déroule votre collaboration avec la police locale ?
  4. Quels sont les principaux défis pour votre PLP ?
  5. Vous constatez une activité criminelle dans votre quartier. Quelles démarches allez-vous concrètement entreprendre ?
  6. Avez-vous des exemples qui soulignent l'efficacité des PLP (affaires résolues, criminels identifiés, etc.) ?
  7. Selon vous, comment peut-on encore améliorer le fonctionnement des PLP ?
  8. Pourquoi la Flandre compte-t-elle plus de PLP que la Wallonie, d'après vous ?
  9. Quel est le principal conseil que vous donneriez à vos collègues coordinateurs de PLP ?

 

interview

 

1. Quelle est le plus-value d'un PLP, d'après vous ?

Ivan

“Un PLP qui fonctionne bien se caractérise par une communication fluide entre les citoyens et la police : le citoyen signale toute personne suspecte/tout véhicule suspect à la police et celle-ci prévient le citoyen en cas de cambriolages et d'agissements suspects. Les riverains sont donc plus vigilants et les habitations sont mieux sécurisées.”

Dominique

“L’existence d’un partenariat local de prévention diminue fortement le sentiment d’insécurité et rassure les habitants, qui ne font plus face, seuls, à des phénomènes qu’ils connaissent mal et dont ils craignent les conséquences.  Ils savent tout d’abord quelles mesures concrètes adopter pour prévenir la commission des faits, ce de manière progressive et souvent bien moins coûteuses que ce qu’ils imaginent.  Le PLP renforce également le lien social dans le quartier, progressivement, au fil du temps.  Enfin, l’existence d’un PLP motive les policiers à un meilleur dialogue avec les habitants, par coordinateurs interposés, ce qui permet une meilleure circulation de l’information, de la police vers les citoyens, mais aussi des citoyens vers la police.  En quelque sorte, c’est un échange win-win.”

2. Comment informez-vous les riverains de votre quartier ?

Ivan

La communication s'articule autour de 3 niveaux :

La police transmet les communications urgentes par message téléphonique à l'ensemble des membres PLP d'un quartier déterminé, ou à plusieurs, voire tous les quartiers PLP de nos communes.

Les messages préventifs sont envoyés par mail ou par téléphone aux membres du PLP en cas de menace potentielle ou d'information préventive utile à communiquer. Une page Facebook est également créée à cet effet.

Les informations utiles et les conseils de prévention sont communiqués aux membres du PLP par le biais d'un journal PLP mensuel. En complément, nous utilisons aussi un site web pour ces messages.

Dominique

Dès la création du PLP, les habitants se sont vu adresser un courrier toutes-boîtes décrivant ce qu’est un PLP, quels en sont les objectifs, quel en est le cadre légal, comment cela fonctionne en pratique, quelles sont les mesures adoptées pour protéger les données, mais aussi ce que n’est pas le PLP : pas d’«espionnage» des voisins, pas de délation nuisible, pas de rondes dans le quartier, pas de diffusion d’images ou de noms de suspects hors du cadre légal,… Un contact personnel avec les habitants est aussi régulièrement assuré à l’occasion de promenades dans le quartier, pour promouvoir le PLP. Et la cohésion sociale développe l’action du PLP, les membres en parlant à leurs voisins.  N’oublions pas non plus l’action déterminante de l’inspecteur de quartier, qui remet aux nouveaux habitants le toutes-boîtes dont j’ai parlé et qui les informe de l’existence du PLP.

Les habitants devenus membres du PLP sont très régulièrement informés par e-mail des derniers modes opératoires utilisés par les délinquants et de la manière de s’en prémunir au mieux, de la situation de la délinquance dans le quartier, de l’éventuelle description fournie par la police d’auteurs et de véhicules suspects utilisés, sans oublier la prévention des incendies, qui n’est généralement pas beaucoup développée dans le cadre du fonctionnement des PLP mais qui est très utile à connaître et peut sauver des vies. 

3. Comment se déroule votre collaboration avec la police locale ?

Ivan

“Cette collaboration est très bonne parce que nous nous rendons compte, de part et d'autre, qu'un PLP qui fonctionne bien représente une plus-value pour tout le monde. Grâce à des signalements utiles et un feed-back, la police peut mieux réagir, plus rapidement aussi, en cas de faits suspects. Par ailleurs, les membres du PLP sont correctement informés au sujet des agissements suspects qui ont lieu dans leur quartier. De plus, les autorités locales accordent une grande importance au bon fonctionnement du PLP et nous bénéficions d'un soutien considérable à cet égard.”

Dominique

“La collaboration avec le policier de référence est optimale, à la fois concernant le suivi rapide des informations qui lui sont communiquées qu’en ce qui concerne la communication de sa part d’éléments utiles aux habitants, toujours dans les limites fixées par la loi. Il est très sensibilisé à l’utilité des PLP.  En son absence, une adresse électronique du service de police de proximité recueille les messages qui reçoivent un suivi et une réponse adéquats.  Un autre pas important doit encore être franchi avec le centre de communications provincial de la police fédérale pour permettre à celui-ci de diffuser immédiatement auprès des membres de PLP concernés qui le souhaitent des avis urgents par messages (sms, messages vocaux, courriel, …) via une plate-forme de communication.”

4. Quels sont les principaux défis pour votre PLP ?

Ivan

“En raison du besoin croissant d'informations et de la présence constante des réseaux sociaux, il n'est pas évident d'assurer à tout moment un échange rapide d'informations. La vie privée n'est pas toujours garantie à cet égard et il est plus difficile de continuer à communiquer au travers des bons canaux, où l'information est d'abord vérifiée.

Dominique

Outre le fait de franchir le pas de l’utilisation d’une plate-forme de communication et de gestion des données des membres garantissant à la fois efficacité et sécurité, une certaine inertie constatée chez de nombreux habitants à adopter d’emblée des mesures de prévention efficaces doit être vaincue par une action persuasive continue.  La prévention est en effet le meilleur moyen de lutter contre la commission de délits et, partant, contre le sentiment d’insécurité.  Avoir connaissance des problèmes posés et des solutions possibles est plus rassurant qu’inquiétant pour tout un chacun.”

5. Vous constatez une activité criminelle dans votre quartier. Quelles démarches allez-vous concrètement entreprendre ?

Ivan

Il faut immédiatement signaler cette situation suspecte à la police en formant le 101 (CIC-OV) et en fournissant la description la plus précise possible des auteurs et/ou des véhicules. En concertation avec l'équipe d'intervention, la police va décider d'activer ou non un PLP, selon les informations contenues dans le signalement qu'elle a reçu. 

Si le PLP est activé, chacun de ses membres reçoit un message téléphonique vocal sur son numéro fixe et/ou GSM, de même qu'un e-mail.

Dominique

Pour répondre à cette question, il y a lieu de distinguer un événement demandant une réponse immédiate et urgente (flagrant délit,…), et des informations certes importantes mais dont la nature ne nécessite pas une communication instantanée.  Dans le premier cas, les membres du PLP sont toujours invités, par le plan de communication et par une répétition de messages soulignant cette nécessité, à contacter exclusivement la police au n° de téléphone 101/112, en précisant qu’ils sont membres du PLP.  Les membres ont été informés au préalable de ce que doit idéalement contenir leur message pour s’avérer utile aux services de police, comme une description d’individus, de leur taille, de leur habillement, de leur direction de fuite, du véhicule éventuellement utilisé.  Pour les messages dont l’immédiateté de la réaction n’est pas utile, les informations données par un ou plusieurs membres sont transmises par courriel au coordinateur, qui les rassemble et les communique rapidement au policier de référence, pour suivi ou/ou pour validation avant diffusion à adresser à l’ensemble des membres. Et cela fonctionne plutôt bien !

6. Avez-vous des exemples qui soulignent l'efficacité des PLP (affaires résolues, criminels identifiés, etc.) ?

Ivan

Tout récemment, nous avons reçu un message téléphonique de la police au sujet d'un individu qui avait pris la fuite après une tentative de cambriolage, avec sa description. Peu après, un membre vigilant du PLP a remarqué cette personne quelques rues plus loin et il l'a signalée à la police, ce qui a permis d'interpeller rapidement l'auteur des faits.

Nous constatons également un glissement assez net de la proportion des cambriolages effectifs par rapport aux tentatives de cambriolages. Auparavant, le nombre de cambriolages effectifs était bien plus important. La situation a changé grâce à une meilleure sécurisation des habitations et à la vigilance accrue des citoyens qui signalent correctement les agissements suspects à la police.

Les cambriolages sont devenus l'exception. Les auteurs se déplacent aussi plus rapidement et restent moins longtemps dans 1 rue/quartier déterminé parce que les riverains sont beaucoup plus vigilants et signalent plus vite les agissements à la police.

Dominique

“Le dernier exemple dans notre PLP date de la fin du mois de février dernier, après que divers vols dans véhicules ont été commis dans le quartier pendant plusieurs nuits.  Un message de vigilance et de prévention a été diffusé par le coordinateur auprès de tous les membres du PLP.  Suite à ce message, diverses informations ont été communiquées par certains membres, rassemblées et adressées au policier de référence dans l’heure qui a suivi la diffusion.  Ces éléments se sont avérés déterminants pour orienter l’action des patrouilles de police la nuit suivante, ce qui a permis sans délai l’interpellation d’un suspect et l’arrêt des vols.”

7. Selon vous, comment peut-on encore améliorer le fonctionnement des PLP ?

Ivan

De très nombreuses informations sont disponibles au sein des PLP, comme les bonnes pratiques, mais elles ne sont pas toujours diffusées. Tout le monde agit un peu de son côté et veille, à sa façon et du mieux qu'il peut, à ce que le PLP reste actif. Une meilleure centralisation des bonnes pratiques s'impose pour que l'on puisse davantage apprendre les uns des autres.

Dominique

“Une courte - mais adéquate - formation standardisée des candidats coordinateurs par le policier de référence est nécessaire pour cadrer d’emblée l’action au sein du PLP, notamment en matière de communication, de respect du règlement européen de protection des données (RGPD), de contenu des messages, de suivi et de cadre légal de l’action des PLP.  Un meilleur suivi des rapports périodiques d’évaluation à rédiger par le coordinateur et le policier de référence doit être promu. Enfin, il doit être plus largement question de l’utilisation d’une plate-forme de communication bien adaptée au fonctionnement des PLP et permettant à la fois la diffusion ciblée de messages urgents par le centre de communication de la police et de messages non-urgents par le policier de référence et le coordinateur, mais constituant aussi un outil standardisé, simple et efficace pour la gestion des données des membres par les coordinateurs.“

8. Pourquoi la Flandre compte-t-elle plus de PLP que la Wallonie, d'après vous ?

Ivan

En Flandre, les PLP existent depuis environ 25 ans, tandis qu'en Wallonie, le système n'est actif que depuis 5 ans. En outre, de nombreux PLP en Flandre ont été mis en place par des citoyens parce que le besoin s'en faisait fortement sentir suite à une vague de cambriolages. En Wallonie par contre, bon nombre de PLP ont été initiés par la police ou les autorités locales. L'adhésion des citoyens serait donc moindre en Wallonie.

En revanche, il faut tenir compte du fait qu'une partie des PLP en Flandre sont "dormants", ce qui pourrait donner une image déformée de la réalité.

Dominique

Dispositifs nés au sein des pays anglo-saxons, la connaissance de l’utilité des partenariats locaux de prévention est encore assez lacunaire dans le sud du pays, selon moi par manque de communication et de publicité, et une large campagne d’information serait utile dans ce cadre. Face à l’obstacle de la méconnaissance que ressentent les personnes qui souhaiteraient créer un PLP dans leur quartier et, le cas échéant, en devenir coordinateurs, mais aussi face au fréquent manque de formation standardisée des policiers de référence, des outils et des modèles de documents utiles ont été développés et sont disponibles, tant auprès du Service public fédéral Intérieur sur le site www.BeSafe.be qu’auprès du Centre d’expertise des PLP sur le site www.bin-plp.be, mais ce fait reste peu connu. D’autre part, dès cette année, les académies de police vont également dispenser une formation spécifique aux candidats inspecteurs de quartier.  Enfin, une sensibilisation des mandataires publics locaux à l’utilité et à la philosophie des PLP devrait être entreprise, dès que la situation sanitaire sera meilleure.  Peut-être l’image du fonctionnement d’un PLP est-elle aussi indûment associée à une frilosité par rapport à un phénomène de délation organisée, mais un PLP est tout sauf cela, et cela mériterait d’être reconnu sur une base plus large, l’objectif majeur restant la prévention.

9. Quel est le principal conseil que vous donneriez à vos collègues coordinateurs de PLP ?

Ivan

Essayez de vous concentrer sur les tâches suivantes : le signalement et les conseils de prévention (simples)

Des signalements efficaces permettent à la police de diffuser les informations nécessaires, aux membres des PLP de rester vigilants et de donner un feed-back suite aux messages reçus. De nombreux cambriolages et tentatives de cambriolages peuvent ainsi être évités. Dans notre commune, nous insistons depuis 20 ans déjà sur ces éléments essentiels. Nous n'hésitons certainement pas à appeler la police et cela donne de très bons résultats. Il vaut mieux prévenir que guérir.

Au travers de conseils de prévention, vous pouvez sensibiliser les habitants à mieux se protéger et il s'agit souvent de conseils assez simples.  A certaines périodes de l'année, vous pouvez aussi attirer l'attention sur des phénomènes récurrents, comme les cambriolages commis en soirée pendant les mois sombres, les vols à la tire en période de soldes, et fournir des conseils utiles pour les départs en vacances en toute sécurité, les demandes de surveillance d'habitations en l'absence des occupants, …

Dominique

Ils sont de plusieurs ordres.  Rester en contact régulier avec les habitants du quartier pour entretenir et développer la cohésion sociale, être à l’écoute bienveillante des habitants et relayer rapidement leurs informations vers le coordinateur et donc vers le policier de référence pour qu’ils obtiennent sans délai des réponses adéquates à leurs attentes, insister sur l’importance des mesures de prévention à adopter, toujours rester neutre sur les plans politique et commercial, respecter strictement les prescrits du plan de communication et enfin toujours agir en conformité avec les règles encadrant le fonctionnement des PLP, à savoir la circulaire du Ministre de l’Intérieur datant de 2019, le règlement européen sur la protection des données, la législation sur les images prises par des caméras de surveillance et la loi sur les milices datant de 1934.

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